La parole du poète ?

 

I) intro

Je suis poète par volonté provocante

De défendre la parole, comme miracle

Absolu ! Sens universel et sans spectacle

De la parole vraie, pudique et séduisante.

 

II) Définition du poète

Le poète est un vagabond de l’inconscience.

Il refuse par sa nature, l’omniscience

Des caricatures d’un ordre juste et vrai.

En effet, un héros perdu !… Il persévère…

C’est un combattant acharné plein de colère,

Un révolutionnaire a la gorge nouée !

L’esclave indompté des soumissions terrestres,

Qui souvent… assujettie aux idées perverses :

Abdique ! Abdique ! Abdique ! Abdique ! Abdique ! Abdique !

Jamais ! Jamais ! Jamais ! Jamais ! Jamais ! Jamais !

 

III) Identité et présage

La flamme du poète et sa tribulation,

Perdu dans le néant et sa contemplation ?

Le temps de l’harmonie est-il devant nos tètes ?

Un Miroir dans nos yeux, souvenirs d’une fête.

La flamme du poète et sa tribulation,

Semblent être perdus dans la contemplation ?

Sera- t-elle immédiate à la fin de ce vers ?

Parfois, c’est un oui absolu et je me perds,

Je divague, souriant de ma mort ; sentant

La fin, une errance sans fin des sentiments…

Oublié les beautés du cœur, c’est un mirage

Ancien. La nouvelle femme du nouvel âge

N’est plus l’idée sacrée et l’objet mystérieux

De nos postures amoureuses et envieuses ;

Plus un serment implicite au temps que vicieux.

Une pureté sensuelle, mais hideuse.

 

IV) Présage certifié

« Les présents et les futurs alcooliques,

Sont le sel de notre enfer exotique. » (voix off)

Oui, je bois ma vie ; c’est dans l’air du temps.

Pour que mes reins digèrent lentement,

Ces rivières noires et alarmantes.

Une eau de vie ou un alcool de mort ?

Dualité simpliste, comme un sort

De ténèbres sur l’aube délirante.

C’est la seule faiblesse du poète.

Ce détruit qui vit dans les oubliettes

Du temps et de son époque infamante.

Visage scarifié et buriné

Du diable et des anges hypnotisés.

Ces ombres bleues pâles et envoutantes,

Séduisent nos chemins contemplatifs.

L’altérant en un petit vers plaintif :

Une misérable chose tremblante.

 

V) Combat fratricide et Colloque fraternel du moi

Les deux frères : duel du vivant au corps laid et du mort au corps chatoyant.

Au précipice final de la dernière joute verbale des croyants,

Athées inclut, commencera le règne des justes, le royaume de Dieu !

L’un est un poète qui vit dans les excès.

L’autre un sage qui en refuse les méfaits.

 

Le poète sacré

« Mon frère, tu es si prompt au désir, ton corps

À subit l’outrage étrange de tous les vices.

Tu es un symbole de notre temps, le « porc

Céleste », l’emblème suprême dans l’abysse. »

 

Le poète profane

« Ta première parole est dénuée de corps.

Frère, tu confonds la liberté et les vices.

Les vices n’existent pas, pas même ton « porc ».

Viens avec moi dans la lumière de l’abysse ;

Ses beautés, c’est son adhésion du rythme au corps ;

Surpasse tes sens et ta conscience des vices ;

Soi-moi ! Un digne représentant du « porc »,

Jouissant de fêtes en fêtes dans l’abysse ! »

 

Le poète sacré

«Non, les ténèbres ce sont juste les ténèbres. »

 

Le poète profane

«Frère, tu es terne et ton avenir funèbre. »

 

Le poète sacré

« Mon frère, mon avenir est certes funèbre,

Mon habit terne, mais mon cœur est de lumière

Nouvelle, non des apparats faits de poussière. »

 

Le poète profane Vexé

« Mes apparats n’appartiennent pas aux ténèbres

Du passé, révolu depuis notre victoire

Contre Dieu, ces enfants et sa putain de gloire ! »

 

Le poète sacré

« Je préfère Dieu à ma propre idolâtrie.

L’homme soumit à l’idéal de la bonté.

Non pas soumit à ces travers, ces impiétés. »

 

Le poète profane galvanisé

« Moi je suis libre, libéral, pas un soumit !

Mes travers, frère, c’est mon pouvoir, mon extase,

Ma jouissance, mon éternel, mon emphase !

 

Le poète sacré

(A soi) « Ma liberté, c’est de tendre vers le ciel

Et la tienne, c’est de vivre dans le fiel.

(À tous) La liberté, ce n’est pas être libérale.

La liberté, c’est la rigueur, le contrôle. (Fausse rime volontaire)

Une harmonie dans la vie, un art martial

De la nature. La paix est sa grande école.

Sans les disciplines, il y a la mort de l’âme :

Un spleen nouveau, soudain oublié dans les flammes ! »

 

Le poète profane (Séducteur)

« Choisi les expériences du corps à l’esprit.

Préfère l’ivresse et la jouissance éphémère

Des alcools divers, des femmes faites de pierres

Rougeoyantes de préciosités, d’avanies.

C’est un privilège que la contemplation

De sa déchéance et de sa transformation :

Ventre flasque, visage lourd et volonté

Aussi ramolli qu’une bête apprivoisée.

 

Le poète sacré

« « Seul le cynisme permet aux âmes vulgaires

D’atteindre la droiture. »1 (Un temps) Dans la vérité,

Seul le silence doit être ; la fatuité,

Elle, mérite le sommeil agité des enfers. »

 

Le poète profane

(Texte en prose dit au public comme s’il s’adressait  au poète sacré.)

« Je dois te dire que moi quand j’aime : je mange, je bois, je baise, je contemple mon oisiveté et je fais durer le temps, aussi longtemps que l’ennui craint la rigueur. J’alourdis ces secondes : jusqu’à plus  faim, plus soif et plus d’ardeur. Même après toutes ces envies comblées, un manque se fait sentir. Un vide irrémédiable du sacré… »

 

Post Scriptum :

« Je veux à tous dire une langue du carnage,

Dire une langue non-spoiler et non mâché ;

Rendre à la langue son sens, ces subtilités.

La libéré de la « novlangue »2 et ses outrages. »

 

David Berton

2012

1 : Citation de Nietzsche.

2 : référence à « 1984 » d’Orwell ; référence d’un vocabulaire aseptisé et construit pour anéantir la pensée.