Texte de Jacques Caudera : extrait de son recueil de textes & poésie « le moulin des mots », pages 26-27.

Oyez, oyez, oyez braves gens, bienvenue au marché des mots !

Vous trouverez ici votre bonheur. Il y en a pour tous les goûts, une fontaine de jouvence du verbe et de l’adjectif, une île au trésor des noms et pronoms. La sensualité de la virgule est honorée par un point élégant et discret dénué d’exclamation. Un jardin où est cultivée une ode subjective conjuguée au subjonctif, qui vous narre un passé composé devenu simple d’avoir oublié l’imparfait.

Certains y trouveront peut-être un fatras de vielles rimes, un vide-grenier de proverbes inusités, une mansarde de pensées désuètes, une auberge espagnole où l’on vous sert au dessert des vers de douze pieds, une urne funéraire où reposent pêle-mêle des croyances obsolètes et un patrimoine oublié.

En l’héritage de Rousseau, Zola, Voltaire, Rabelais, Montherlant, Camus, Dumas et tous les autres géants, que l’alphabet pardonne aux ignorants qui n’y verront que des agapes de pain rassis. Que la grammaire fasse que ceux qui rappent comme des zéros aient entendu au moins une fois le nom de Le Clézio.

Il est grand dommage en notre époque de porter au Panthéon les leçons d’analphabétisme où l’on a pour seule gloriole de violer vulgairement les verbes avoir et être. Il est bien triste qu’ainsi on sacralise, en faisant passer pour poésie, le vie de la bêtise ignorante.

Le temps du verbe devient en ce moment une stupide quincaillerie de grognements. Le passé simple est en solde, l’imparfait dans l’arrière-boutique et le subjonctif à la poubelle, dans ce présent de langue décomposée.

Venez au marché des mots où le vilain Calife SM ne sera jamais grand vizir à la place de la noble prose. Seule ici, y trouverez l’élégance d’un bon mot.

Le monde change, grand bien lui fasse quand il évolue. Il est triste quand il sombre dans la déshérence de nouveaux prophètes aussi vides que leur inculture est immense.

Venez au marché des mots où l’on se souvient du charme délicieux d’un « veuillez agréer l’expression de mes remerciements » en lieu et place d’un insignifiant « SLT merci ». Il ne s’agit pas de sombrer dans la mélancolie de la nostalgie mais de conjuguer au présent esthétisme, classe et raffinement.

Redonnons place de temps en temps à la symphonie du Verbe, en cette époque de boîte à rythmes inaudibles, entre parenthèses.